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Textes
Chantal Boussac
et
de Pierre Rafaël,
Aquarelles Dominik Jarlegant
paru
dans bateaux bois magazine décembre 98




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Manœuvre
et réglage d'une voile au tiers <-
Ici
sur une embarcation traditionnelle des ostréiculteurs du
Bassin d'Arcachon, la pinassotte.
La voile au tiers se retrouve sur de nombreux bateaux de travail,
bisquines, chaloupes, lougres, etc... Ce gréement puissant
se situe historiquement entre les barques à voiles carrées
et les "modernes" gréements à cornes. Son
point de drisse vient au tiers de la vergue, d'où son nom.
Je vous présente ci-dessous les subtilités de ce gréement
simple, mais dont l'efficacité a toujours de quoi nous surprendre.
La
voile au tiers à gambeyer*
La
voile au tiers est portée par une vergue dans sa partie haute.
Cet espar est lui-même tenu par un point fixe, situé
environ à 1/3 de l'avant, et hissé par le rocambeau
sur le mât. Le mât, sans haubans, est tenu par la drisse
mise du côté au vent.
*gambeyer consiste à faire passer la vergue
" à la bonne main", de l'autre côté
du mât.
Lignes d'efforts de la voile
Le tissu est formé de fils qui s'entrecroisent. Les méthodes
de tissage de nos tissus actuels les rendent plus performants dans
la trame (largeur du tissu).
On nomme certains d'entre eux : Équilibrés.
Dans le cas d'une voile au tiers, les lignes d'efforts les plus
grandes sont dans la chute et les 4 points radiants. Si nous plaçons
des laizes verticales comme cela se faisait avec les voiles coton,
c'est la chaîne et le biais qui sont le plus sollicités.
Le choix d'un tissu équilibré est souhaité,
mais du fait de sa difficulté à l'obtenir dans les
gros grammages, on peut préférer une coupe horizontale,
certes moins traditionnelle.
Le cintre longitudinal "tire le tissu" vers le point de
déformation de l'espar. Le profil de la voile se déforme
en "S" (2). Le guidant et la chute sont détendus,
ils tombent sous le vent. Cette déformation n'est pas souhaitable,
mais quelquefois inévitable. On peut y remédier en
préférant les garcettes individuelles, ajustées
en conséquence. Ainsi, le rond de vergue, insuffisant, et
son cintre, trop important, s'harmoniseront (3).
La position de l'ancrage, sur la vergue, est très importante.
La généralité, c'est le 1/3 avant. L'expérience
nous dit que l'apiquage maximum est bon pour le près, mais
peu s'avérer un handicap majeur au portant, du fait de son
instabilité.

L'apiquage
recule la voilure, donne de l'allongement, présente le guidant
avec un angle d'incidence plus fin au vent. Cela donne aussi une
voile plus vrillée, hélicoïdale, en gardant un
soutien de chute ; des facteurs intéressants au près.
Bien sûr, c'est la forme de la carène et ses aptitudes
à remonter le vent, qui nous pousseront à adapter
l'apiquage qui convient.
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Le
mât
Il
sera bien sûr en bois et de bonne qualité : il importe
qu'il soit léger et raide. On obtient de très bons
résultats avec les mâts creux de Marc à Gujan-Mestras.
Mais le meilleur mât, mal utilisé, ne pourra pas faire
de miracles.
C'est une question d'équilibre. Dans le cas de la drisse
fixée au vent, trop d'angle le fait cintrer "en banane".
Le pire, ce sont les coups qu'il reçoit par l'élasticité
de l'ensemble, ajoutés à une force de rotation.

La drisse la moins élastique possible est souhaitable. On
fixe un tolet (tige de bois de 15 cm de long ~), par des demi-clefs,
au niveau du rocambeau (cercle équipé d'un crochet
pour hisser la vergue). La voile est hissée en laissant choquer
les autres points. Le tolet vient en butée contre le réa
du mât, c'est un bon "truc" pour étarquer
à fond la drisse. Puis on tend dans l'ordre l'amure puis
l'écoute. Établie de cette manière, la drisse maintient
bien le mât.
On prendra soin de bien diriger la sortie du réa, dans le
même plan que le point d'ancrage de la drisse, pour éviter
l'effet pervers des forces de rotation sur le mât.
Ce fier espar peut déverser sous le vent, ce qui n'est pas
souhaitable. Ce dévers amène la vergue en rotation,
la détend et abaisse le point de drisse. Cette rotation s'oriente
vers le vent, diminuant l'angle d'incidence. Les flux d'air tangents
viennent aussitôt sur l'extrados (partie extérieure
et convexe de la voile), donnant plus de traînée et
moins de portance. Sur les pinassotes d'Arcachon, le mât est
incliné au vent par un astucieux système de pied,
doté d'une pointe métallique, permettant de modifier
l'inclinaison en le faisant pivoter.
Conception: voile creuse ou plate, angle d'incidence ?
a) Le profil ayant son creux au milieu, a le meilleur rapport portance/traînée.
Son angle d'attaque (d'incidence) faible est plus performant avec
un vent stable.
b) Le profil a le même creux, sa tangente d'attaque est plus
importante. Cela donnera un angle de remontée au vent plus
faible, mais plus de tolérance au flux d'air instable.
c) Le profil avec creux plus important, est plus puissant, mais
sa capacité à remonter au vent est plus faible. Son
choix se fera en fonction de la carène. Pour la voile au
tiers seule, l'importance du creux prédomine sur son emplacement.
Une voile fine permet de serrer le vent avec moins de traînée,
elle est mieux adaptée aux carènes longues et étroites.
Plus l'angle d'incidence voile/vent est faible, meilleure est la
sensation de cap, au détriment de la puissance.
Plus le décalage entre le profil haut et le profil bas est
important, plus la voile est vrillée et perd de sa puissance
dans les hauts.
Au près
La
voile, correctement hissée et étarquée, tend
la chute et la bordure au point de tire unique, le point d'écoute.
Le point d'amure et le point de drisse dépendent de cela.
Ce dernier matérialisé par une estrope sur la vergue,
se trouve en général légèrement en arrière
du tiers vrai. Une deuxième estrope, placée à
10 cm de la première, permettra un deuxième réglage
pour apiquer plus ou moins la vergue.
Le barreur sentira si la bateau est bien équilibré,
trop ardent ou trop mou, s'il marche aussi bien que le voisin en
vitesse et cap. Une voile bien établie permet au bateau de
marcher au près sans donner d'angle et d'efforts à
la barre. Lorsqu'il y a excès de puissance, on la soulage
en relevant un peu de dérive. L'assiette du bateau doit être
conservée à plat par rappel ou une prise de ris, si
on est encore en excès de puissance.
Au portant
Ne jamais oublier qu'au portant tout excès est préjudiciable.
Cette voilure n'est pas très stable à cette allure,
elle a tendance à fermer, ballotter, et nuire à l'équilibre.
La performance se perd dans le désordre. La voile devient
moins contrôlable, car l'écoute prend le même
chemin qu'au près et la chute est trop ouverte.
Pour obtenir une sorte de barber, il suffira de passer l'écoute
plus en avant par un tolet.
Le tangon de nos pinassotes d'Arcachon est souvent un mât
de planche à voile, dont une extrémité est
pourvue d'une fourche de bois ou d'une dame de nage, suivant l'inspiration.
Cet espar, un peu moins traditionnel, est devenu tellement performant
par sa légèreté qu'on lui pardonne sa composition.
Au portant, une légère contre-gîte stabilise
le bateau, car le centre de voilure se trouve plus proche du centre
de gravité. Comme en dériveur, on se reculera dans
la brise pour soulager l'étrave et on relèvera la
dérive.
Nous vous invitons à retrouver les plaisirs de ce gréement
généreux et toujours d'actualité.
Chantal
article paru dans "Bateaux Bois Magazine"
Janvier 99
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| Textes
de Chantal Boussac |
Observer
analyser comprendre vos réglages<-
Impossible
de recevoir et d’utiliser des
« recettes » sans savoir :
-
observer - sentir - analyser - comprendre
-
Pour observer : il ne faut pas faire,
-
pour sentir : il faut faire,
-
pour analyser : il faut avoir fait les deux.
Ex
: Un barreur qui crie après son n°1, celui-ci est un
peu long à placer son tangon. Est-ce de la faute du n°2
qui n’a pas choqué assez de bras, de hale-bas ou est-ce
le barreur qui a donné une mauvaise trajectoire au bateau
?
Un régleur de spi qui crie après son barreur, car
celui-ci ne tient pas le bateau au largue par rapport aux adversaires.
Est-ce la faute d’un barber trop pris sous le vent ou trop
de hale-bas de bôme ou un manque de rappel ?
1°)
Donc, pour développer les 3 fonctions du «bon régleur»,
il ne faut pas hésiter à passer par tous les postes.
2°)
Pour réussir l’harmonie de tous les paramètres
:
- il
faut bien sûr avoir un bateau bien préparé,
-
savoir motiver son équipage, cela passe par la confiance,
la tolérance…
-
savoir composer et placer ses objectifs sagement.
Petit
problème :
Si
pour un vent donné,
- j’ai
une mer plate ou formée,
- je suis avec ou contre le courant,
- j’ai un 8 MJ ou un 8m habitable croisière,
- des voiles kevlar ou un bon vieux dacron...
Si
avec toutes ces variantes le vent tourne, présentant un flux
hélicoïdal plus prononcé sur un bord que de l’autre….
NON
! Vraiment, je ne peux pas vous donner des recettes…
Mais
quand même :
a)
Le travail de la chute d’une voile est primordial
: trop fermée, elle bloque le bateau ; trop ouverte, perte
de puissance.
Une
attaque trop fine décroche, trop creuse, n’aide
pas au cap.
Mais
dans une mer formée, il est évident qu’il
vaut mieux avoir une attaque puissante et une chute plus tolérante.
Donc à vous d’essayer jusqu’à l’harmonie,
en fonction de votre carène.
b)
Trop souvent oubliée «l’assiette»,
pas celle pour manger, mais celle, longitudinale et latérale
de votre bateau. De bons réglages n’apportent rien
si vous avez les poids mal répartis, qu’ils soient
fixes ou mobiles, la connaissance de votre carène compte.
c)
Le réglage du mât, le casse tête n°1
:
Prendre
un cahier et tout noter, la quête, les tensions des haubans.
Aller
se comparer sur l’eau avec un bateau identique au vôtre.
Si d’une manière générale, vous avez
des points forts au près ou au portant, vous avez déjà
une base de votre réglage longitudinal. Pour améliorer
le point faible, venez en parler à votre voilier. Si vous
êtes en dessous sur tous les cas de figures, il y a du travail.
Voilà
! peu de recettes dans cette rubrique, il y a tellement de gens
qui ont traité le sujet que ce serait les plagier.
Je
ne peux que vous le répéter, le petit cahier de votre
bateau, l’unique, où vous aurez créé
«vos recettes» parce que vous aurez
-
observé – senti – analysé –
Donc,
bonnes notes…..
PS
: dans la partie – analyse -, j’aime bien les dessins
sur la nappe de papier qu’on échange lors des discussions
de fin de repas, entre voileux…
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